Ce jeudi 28 mars marque la fin d’une époque pour les lanceurs américains avec le dernier vol de la Delta IV Heavy, programmé pour la mission NROL-70 du Bureau de la reconnaissance nationale (NRO) américain.
Un héritage remontant à la guerre froide
Le nom Delta n’est pas né avec le Delta IV. Il s’agit en réalité d’un héritage datant du tout début des programmes spatiaux américains. Attribué initialement à une version améliorée du étage supérieur Able, Delta a connu de nombreuses évolutions au fil des ans.
Le premier lancement d’un Thor-Delta, association du missile balistique Thor et de l’étage supérieur Delta, a eu lieu en 1960 pour mettre en orbite le satellite de communication Echo 1, mais a échoué à cause d’un problème de contrôle d’attitude. Cette tentative marquait le début d’une longue lignée de lanceurs Delta qui se terminera avec le Delta 389.
Après plusieurs évolutions et améliorations techniques tout au long des années 60 et 70, le système de désignation numérique à quatre chiffres a été introduit en 1972. Ces codes indiquaient le type d’étage principal, le nombre de propulseurs d’appoint, le type d’étage supérieur et la présence éventuelle d’un troisième étage. Les séries Delta 2000 et 3000 ont connu un franc succès, devenant des piliers des lancements militaires et scientifiques américains.
Cependant, l’arrivée de la navette spatiale dans les années 80 laissait présager la fin des lanceurs traditionnels comme Delta. Mais la perte de Challenger en 1986 a rebattu les cartes, et une nouvelle génération de fusées a été envisagée.
Delta IV : un lanceur puissant et polyvalent
C’est dans ce contexte que le Delta IV a vu le jour. Inauguré en 2002, il se démarquait radicalement de ses prédécesseurs. Il s’agissait d’un lanceur modulaire, pouvant voler dans différentes configurations en fonction de la charge à transporter (dénommées Medium, Medium+ et Heavy). Le cœur du système était le CBC (Common Booster Core), un premier étage puissant commun à toutes les variantes.
Le Delta IV s’est imposé comme un lanceur fiable et polyvalent, effectuant la majorité de ses missions pour des clients militaires américains, notamment l’armée de l’air et le NRO. Il a également lancé des satellites commerciaux et participé à des missions prestigieuses pour la NASA, comme le test du capsule Orion en 2014 et la sonde solaire Parker en 2018.
Le lancement de ce jeudi sera le 16ème et dernier vol de la Delta IV Heavy, la version la plus puissante de la gamme. Cette configuration emportera une charge classifiée du NRO vraisemblablement destinée à l’orbite géostationnaire, marquant la fin d’une ère pour les lanceurs Delta.
Un passage de flambeau réussi
La retraite du Delta IV ne laisse pas les États-Unis démunis. United Launch Alliance (ULA), société regroupant Boeing et Lockheed Martin, dispose encore du lanceur Atlas V pour quelques vols avant son remplacement progressif par Vulcan, sa nouvelle fusée.
Vulcan a effectué son premier vol réussi en janvier dernier et est pressentie, aux côtés de Falcon 9 et Falcon Heavy de SpaceX, pour prendre le relais des lancements militaires et spatiaux américains.
Le lancement de ce jeudi à 19h45 (reporté) marque donc la fin d’une aventure spatiale emblématique. Le Delta IV s’en va, laissant derrière lui un héritage technique important et un rôle clé joué dans l’histoire de l’exploration spatiale américaine.